Exercice pro

Animaux de rente et désertification vétérinaire : mythe ou réalité ?

La fragilisation du maillage vétérinaire en zones rurales est une réalité chiffrable

La répartition régionale des exploitations agricoles a peu changé au cours de la décennie 2008-2018 : les départements qui en comptent le plus se situent principalement à l’Ouest de la France. En revanche, le nombre d’exploitations a baissé de 7,4 % entre 2013 et 2018.  

L’Atlas démographique 2020 de la profession vétérinaire constate une baisse constante des vétérinaires pour animaux de rente. Ainsi, la fragilisation du maillage vétérinaire en zones rurales est une réalité chiffrable : les vétérinaires « ruraux » revendiquant une compétence exclusive ou partielle auprès des animaux d’élevage ne représentent plus que 19 % des praticiens inscrits au tableau de l’Ordre, avec une baisse préoccupante de 14,7 % des effectifs en 5 ans.

 

Depuis 2017, l’Observatoire national de la profession vétérinaire (ONDPV) dresse une cartographie au moyen d’une évaluation qualitative par pondération de l’activité animaux de rente (AR) selon le rang de déclaration de l’espèce AR et ceci en parallèle de la densité des bovins.

 

 

Trois secteurs apparaissent comme des zones sensibles : un grand quart Sud-Est, un axe allant de la Charente-Maritime à l’Aube, et certaines zones non agglomérées de la région Grand Est. Même si le Grand Ouest semble épargné par l’existence de zones de désertification, cela n’exclut pas des zones de tension locales.

 

La diminution du nombre de vétérinaires en zones rurales impacte de façon importante la qualité du service rendu tant en termes de service aux élevages, aux animaux et à leur bien-être, que dans la garantie de la santé publique vétérinaire assurée jusqu’alors conjointement par les services de l’Etat et la profession vétérinaire.    

Une conséquence directe de cette diminution est l’accroissement des distances à parcourir par ceux qui exercent encore auprès des animaux d’élevage. C’est un risque pour les élevages, notamment en situation d’urgence.

Pour les vétérinaires, le temps croissant passé en déplacements augmente la fatigue et le mal-être. Conjugués à une moindre rentabilité économique due aux temps improductifs de transport, cela peut entraîner le refus de prise en charge de nouveaux clients ou tout simplement l’arrêt du service.

Ces constats expliquent en partie le désintérêt à l’installation ou à la reprise de clientèles dans ces zones par de jeunes vétérinaires dont l’engagement pour l’exercice professionnel ne doit plus se faire au détriment de la vie personnelle et familiale. 

Toute réflexion sur le maintien d’un maillage vétérinaire doit s’inscrire dans une approche globale intégrant des aspects plus généraux liés à l’aménagement des territoires et au soutien de la vie en milieu rural.

Le champ d’action des vétérinaires en matière de santé publique vétérinaire et leurs missions auprès des éleveurs doit être redéfini. Cela passe nécessairement par la clarification du rôle du vétérinaire en charge du suivi sanitaire permanent des élevages, et par la clarification des actes sanitaires pour lesquels l’Etat l’habilite ou le mandate.