COVID-19

Communiqué n°4 - COVID-19 - Message du Président du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires

Le 22 mars 2020

Chères Consœurs, Chers Confrères,

" Nous sommes en guerre. "

" Chacun d'entre nous doit à tout prix limiter le nombre de personnes avec qui il est en contact chaque jour. Les scientifiques le disent, c'est la priorité absolue. "

" Toutes les entreprises doivent s'organiser pour faciliter le travail à distance, et quand cela ne sera pas possible, elles devront adapter dès demain leur organisation pour faire respecter ces gestes barrières contre le virus, c'est à dire protéger leurs salariés, ou, quand il s'agit d'indépendants, se protéger eux-mêmes "

" Pour la vie économique, pour ce qui concerne la France, aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite. "

Ces phrases sont issues de l'allocution du lundi 16 mars 2020 du Président de la République française où le confinement de la population a été annoncé pour une durée de 15 jours.

Depuis, je fais le constat du flot important d'informations qui vous parvient.

Force est de constater que la note technique, à valeur informative, publiée le 20 mars 2020 par la Direction générale de l'alimentation, dont la profession vétérinaire attendait qu'elle clarifie la situation et pacifie les relations intra et interprofessionnelles, n'atteint pas l'objectif espéré. Elle renvoie le vétérinaire à son appréciation personnelle, en son âme et conscience, à assumer ses responsabilités.

Les communications divergentes du gouvernement envers les professions libérales rajoutent à l'incertitude. Des doutes subsistent sur l'accès et les modalités d'accès aux mécanismes d'aides publiques ainsi qu'aux possibilités de recours au dispositif du chômage partiel auquel les vétérinaires seraient éligibles au prétexte que les établissements de soins vétérinaires ne figurent pas sur la liste des établissements fermés au public. Sachez que l'Ordre appuiera l'action déjà initiée par le SNVEL et l'UNAPL pour que les vétérinaires accèdent aux aides publiques accordées aux entreprises dans le cadre de la crise sanitaire actuelle.

Depuis le début de la crise sanitaire, l'Ordre des vétérinaires s'est pleinement inscrit dans les propos du Président de la République et s'est attaché à vous accompagner en posant des repères éthiques, déontologiques et de santé publique. Autant de repères qui vous sont utiles pour prendre au mieux vos décisions en cette période d'extrême urgence sanitaire.

L'Ordre des vétérinaires a proposé des règles simples et de bon sens pour recevoir des clients : appel téléphonique préalable - accès aux établissements de soins vétérinaires conditionné au respect des consignes de biosécurité dans le bâtiment, en limitant le nombre de personnes présentes et en limitant les contacts entre personnes - seules les interventions que vous jugerez comme ne pouvant pas être différées devront être assurées.

L'approche de l'Ordre des vétérinaires est pragmatique. Elle vise, en considération des moyens de protection qui font défaut (masques FFP2 - gel hydroalcoolique), à vous demander de mettre en place opérationnellement et de manière rigoureuse les autres mesures de biosécurité et de promouvoir les gestes barrières définis par le ministère de la santé auprès de vos clients, dans vos établissements de soins vétérinaires, à leur domicile et sur les lieux d'élevage.

Je suis pleinement conscient que la mesure de distanciation sociale d'un mètre est peu réaliste à mettre en œuvre dans de nombreuses situations de notre quotidien professionnel, lorsqu'il s'agit par exemple de contenir un animal ou lors d'opérations de prophylaxie sur les petits ruminants. Les préconisations du gouvernement paraissent bien théoriques et illusoires lorsqu'elles sont regardées à l'aulne de la " vraie vie " d'un vétérinaire et des équipes qui l'entourent.

Dans ces moments difficiles et douloureux de nos vies, chacun de nous réagit selon son référentiel de valeurs et selon une sensibilité ou une intensité qui lui est propre. Certains, portés par une approche centrée sur le risque de santé publique, sur l'urgence sanitaire, ont mis en œuvre un réflexe de protection, de leurs personnels, d'eux-mêmes, de leurs proches, sans autre considération. D'autres, tout en n'ignorant pas bien entendu l'urgence sanitaire et la santé publique, tout en respectant les préconisations de biosécurité et les gestes barrières ont choisi de redimensionner le service rendu à leur clientèle.

Il ne m'appartient pas, il n'appartient pas à l'Ordre des vétérinaires de porter un jugement de valeur sur ces choix alors que l'écosystème de cette crise est hors normes et l'engagement de l'Etat aux côtés des entreprises vétérinaires incertain.

J'appelle les vétérinaires à prendre leurs décisions de manière raisonnée, en toute connaissance de cause, dans le respect des valeurs attachées à notre profession, profession de santé, sans méconnaître leurs responsabilités de chef d'entreprise et en se reconnaissant, sans les surinterpréter, dans les recommandations de leur Ordre professionnel.

Nous, vétérinaires, nous sommes engagés et répondrons présents, en toute connaissance des risques que nous prenons, pour assumer notre devoir envers la société, de permanence et de continuité des soins aux animaux malades, pour surveiller les maladies réglementées, pour sécuriser la chaîne alimentaire ainsi que les actes de certifications indispensables.

Non, il n'a jamais été question de fermer les établissements de soins vétérinaires en abandonnant les animaux, les clients et la santé publique vétérinaire à leur sort. Il s'agit d'adapter les établissements de soins vétérinaires aux modalités de lutte contre la propagation de l'épidémie de SARS-CoV-2 qui imposent des mesures strictes de biosécurité.

Oui, les détenteurs d'animaux de compagnie, de loisirs ou de la ferme, ont accès aux soins vétérinaires dans le respect des consignes de biosécurité, des personnels vétérinaires et non vétérinaires de nos établissements de soins. J'appelle seulement et simplement à l'esprit de responsabilité, au civisme de chacun, ceci dans une confraternité qui est plus que jamais une valeur refuge.

Je veux pour terminer vous remercier de votre engagement, de votre forte implication pour aider nos collègues de la santé humaine mobilisés et en première ligne pour sauver des vies humaines, en fournissant des matériels de réanimation, de protection... autant d'initiatives qui honorent notre profession. A ce jour, vous êtes près de 3 800 à souhaiter vous engager dans la réserve sanitaire.

Protégez-vous, protégez vos équipes, protégez vos proches et contribuez à sauver des vies humaines : ce sont ces objectifs qui doivent guider vos décisions.

DV Jacques GUERIN
Président du Conseil national de l'Ordre des vétérinaires

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