Vie de l'Ordre

"Le système de classes prépa ne garantit plus la diversité des profils"

Interview de Jacques Guérin au journal Le Monde du 3 septembre.

Interviewé par Le Monde, Jacques Guérin, président de l’Ordre des vétérinaires, juge la formation hypersélective des vétérinaires français longue, coûteuse, et inadaptée aux besoins du pays et aux aspirations d’une nouvelle génération.

" Le système de classes préparatoires (...) permet de sélectionner les meilleurs éléments, des jeunes gens brillants dont les capacités d’apprentissage sont fortes, en mathématiques, en physique, en biologie. Mais ce système en entonnoir montre ses limites. Il ne garantit plus la diversité des profils, la mixité des origines sociales ou géographiques, notamment le recrutement de lycéens issus des zones rurales. Il est en décalage avec les attentes des jeunes, des professionnels, en matière d’adaptation à la diversité des métiers vétérinaires et en matière de santé publique vétérinaire.

Les classes prépa formatent un profil standard et uniforme privilégiant le savoir et la capacité à apprendre. Il conviendrait de privilégier un recrutement fondé sur le savoir être, l’intelligence cognitive et la capacité à travailler dans des systèmes complexes. Qui plus est, les études vétérinaires en France sont les plus longues d’Europe. En théorie sept ans pour les recrutements, prépas incluses, en réalité sept ans et demi, voire huit ans et demi pour plus de la moitié des effectifs. Cette durée n’est pas neutre quant aux investissements financiers à consentir jusqu’à l’obtention du diplôme et l’accès à l’autonomie financière.

Depuis les années 1980–1990, l'attrait pour la médecine et la chirurgie des animaux de compagnie s’est amplifié. Quand nous calculons les soldes de chaque année (le nombre de vétérinaires entrant à l’Ordre moins le nombre de ceux qui en sortent, pour partir à la retraite ou autre), nous constatons que celui-ci est positif pour le domaine des animaux de compagnie et négatif pour celui des animaux d'élevage. La tendance devient une constante. Les vocations pour la faune sauvage et exotique se sont multipliées ces dernières années mais, en terme de débouchés et d’insertion, ces métiers restent anecdotiques. La médecine rurale est délaissée. Les déserts vétérinaires sont devenus une réalité. Ce qui n’est pas sans poser des problèmes aux éleveurs ou aux détenteurs d’animaux pour l’accès aux soins et donc au bien-être des animaux, mais aussi à l'Etat en matière de santé publique vétérinaire.

La profession se doit de garantir un accès aux soins, spécifiquement en situation d’urgence, tous les jours, 24 heures sur 24, y compris les jours fériés, en tous lieux et pour toutes les espèces animales. Cette contrainte de permanence et de continuité des soins impose des plages horaires larges d’ouverture des établissements de soins qui ne reposent que sur les praticiens, sans échappatoire – à l’instar de la médecine humaine. Des semaines à 70 à 80 heures de travail sont la règle dans les zones rurales, ce qui peut être problématique par rapport au droit du travail et explique l'attrait croissant des jeunes vétérinaires pour le salariat – un tiers des vétérinaires praticiens sont salariés.  

Une réflexion est en cours visant à ouvrir une autre voie de recrutement en post-bac avec des entretiens de motivation qui permettraient de juger des projets et de la personnalité des candidats. Cela permettrait d’éviter les vocations immatures, les réorientations précoces par déception entre le métier idéalisé et la réalité du terrain. Les étudiants qui se retrouvent sur le carreau après un échec au concours… Nous sommes en discussion pour que cette réforme prenne corps rapidement en 2020 au plus tard en 2021 dans la continuité du nouveau bac."