Florilège de quelques dérives en communication

la communication des vétérinaires

De la communication des vétérinaires :

Le nouveau code de déontologie a libéré la communication des vétérinaires adressée aux tiers ou aux confrères vétérinaires et ce quels qu'en soient le support et les modalités.

La communication est-elle totalement libérée ? C'est à voir!

Les nouveaux droits sont assortis de nouveaux devoirs. Gardons notamment à l'esprit que l'un des volets de la communication du vétérinaire tient aussi au caractère obligatoire de la mise à disposition de nos clients d'un certain nombre d'informations et à la mise en place des conditions générales de fonctionnement de nos établissements de soins vétérinaires....

Au plan réglementaire, cette communication est dorénavant encadrée par les articles R242-35 à 242-36 et 242-70 à 242-77 du Code Rural et de la Pêche Maritime.

Certaines restrictions persistent ou sont précisées, conséquences du Code de la Santé Publique d'une part et du caractère civil de notre activité d'autre part :

Pour ce qui concerne les médicaments, il est interdit de communiquer en encourageant l'usage d'un médicament soumis à prescription, et l'information quant au prix des médicaments sous forme d'envoi groupé est prohibée.

Le fait que les activités de vente d'aliments et autres produits, matériels et services en rapport avec l'activité vétérinaire demeurent accessoires, et le fait que la profession ne puisse s'exercer avec un caractère commercial interdisent toute vitrine d'exposition de ceux-ci visible de l'extérieur.

Les nouveaux devoirs tiennent à l'esprit que le législateur a voulu insuffler à cette communication : elle "ne doit pas porter atteinte au respect du public ni de la dignité de la profession", "elle ne doit pas induire le public en erreur, abuser de sa confiance ou exploiter sa crédulité ou son manque de connaissances", "elle doit être loyale, honnête et scientifiquement étayée".

Les capacités professionnelles avancées doivent être justifiables, les procédés comparatifs ou les témoignages de tiers sont interdits. Les allégations thérapeutiques ne peuvent souffrir la moindre faille scientifique ou prêter le flanc à la suspicion de conflit d'intérêt. Les diplômes et titres dont le vétérinaire fait état doivent être des reconnus par le conseil national de l'ordre qui en publie régulièrement la liste ici

Les sites internet doivent respecter les mêmes règles et doivent être déclarés au conseil régional de l'ordre.

Force est de constater que l'exercice peut s'avérer délicat. Qu'il s'agisse d'un publireportage qu'on aura commandé à un journaliste, d'un carton présentant la structure d'exercice déposé dans des boîtes aux lettres, de tout affichage visible par le public ou des vitrines virtuelles que sont le site internet ou la page Facebook d'un cabinet ou d'une clinique, s'il faut se présenter sous son meilleur jour, il faut aussi se garder de l'inflation sémantique et de ses écueils : l'ambigüité, le dithyrambe promotionnel digne d'un vendeur de lessive, la déloyauté vis à vis du public ou de ses confrères. Certains termes sont à manier avec précautions car ils peuvent posséder une connotation publicitaire, non scientifique, ou bien avoir une signification précise médicalement ou réglementairement : il faudra en tenir la promesse !

Florilège de quelques dérives :

Elle est belle notre façade !

Les cahiers des charges des établissements de soins font la distinction entre les espèces soignées dans un certain nombre de cas. Une façade qui porte une enseigne "clinique vétérinaire" et un décor comportant à la fois un cheval, un chien et un chat se doit répondre au cahier des charges de la clinique vétérinaire pour animaux de compagnie et de la clinique vétérinaire pour équidés.

Nous sommes disponibles 24h/24

Les termes de l'arrêté du 13 mars imposent que cette mention implique la présence d'un vétérinaire sur place en permanence. On ne pourra pas faire état d'un service 24h/24 sur les documents professionnels ou les documents de communication de l'établissement de soins sans se soumettre à cette disposition.

Nous avons un beau salon de toilettage pour animaux de compagnie !

Cette activité est et reste une activité purement commerciale qui nous est interdite à l'intérieur de nos structures.... En faire l'apologie est inconcevable.

Nous avons du matériel et nous pouvons le faire savoir

- nous avons même un " équipement de pointe " : voilà une mention ambigüe. L'équipement de pointe peut-il le rester indéfiniment ?

- nous avons aussi un "laboratoire d'analyses" : encore faudrait-il pratiquer toutes les analyses ! Sans doute est-il plus conforme à la réalité de mentionner le type d'analyses prises en charge dans l'établissement

- nous offrons un " service d'imagerie " : ce terme est défini par l'arrêté du 13 mars 2015 et suppose de disposer d'au moins trois techniques parmi la radiographie, l'échographie, le scanner et l'IRM. À noter que l'endoscopie n'est pas une technique d'imagerie médicale.

Nous sommes en mesure d'offrir tout un éventail de services

- et surtout " les meilleurs soins ", ou bien nous " disposons du matériel et de l'équipe permettant de garantir la meilleure qualité des soins " ou autres mentions comparatives gonflées aux superlatifs qui sont acceptables lorsqu'il s'agit de laver plus blanc, mais sans doute pas vraiment pour notre profession ;

- nous pratiquons la " médecine générale et spécialisée " : cette mention implique la présence d'un spécialiste en médecine interne dans la structure, si cette mention est suivie de toute une liste (ophtalmologie, dermatologie etc) il y a un diplôme de spécialiste dans chaque domaine... il en va de même pour la mention " vous serez reçus par une équipe de vétérinaires spécialisés en médecine et chirurgie canine " ;

- nous sommes " officiellement agréé pour l'évaluation comportementale " : affirmation mensongère, l'évaluation comportementale est réalisée par des vétérinaires s'inscrivant volontairement sur la liste tenue par la préfecture, aucun agrément n'est nécessaire !

-" nous avons suivi une formation en radiocompétence pour assurer le diagnostic radiologique " : la compétence en radioprotection n'a pas grand-chose à voir avec le diagnostic, quant à la radiocompétence, qu'est-ce ?

- nous pratiquons la " cancérologie " : ce terme mentionné dans les activités déployées suppose que l'ensemble des activités liées à la cancérologie soient pratiquées. Si l'on peut admettre que la radiothérapie est inacessible, à tout le moins on promet ici qu'il y a dans la structure un référent désigné et que l'usage des médicaments anticancéreux a été déclaré au conseil régional de l'ordre.



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