Professeur Philippe Cottereau

Le Professeur Philippe Cottereau est décédé le 27 Aout 2016 à Lyon, à l'âge de 89 ans. Ses obsèques se sont déroulées le 2 Septembre en l'église St Charles de Serin proche de cette Saône au bord de laquelle il avait élu domicile peu après son arrivée à Lyon au début des années 50 et qui, un peu plus en aval, baigne les flancs de notre vénérable Alma mater, l'école vétérinaire à laquelle il s'était entièrement consacré en tant qu'enseignant, puis comme directeur.

De nombreux anciens élèves avaient tenu à être présents pour témoigner auprès de son épouse, ses quatre enfants, ses nombreux petits enfants et son arrière petit fils, de leur attachement et de leur reconnaissance au maître qu'il avait été et à l'ami qu'il était resté. Une haie d'honneur d'enseignants en tenue académique lui rendait un dernier hommage. Il revenait au Professeur Chary, qui fut le dernier successeur de Philippe Cottereau à la direction de l'Ecole avant sa fusion avec l'agro de Clermont, de rappeler quel fut " le magnifique parcours professionnel " de ce " cher Ancien ", comme il l'appela affectueusement.

Magnifique est en effet le parcours professionnel de Philippe Cottereau, mais il est surtout la marque d'une personnalité forte et engagée. Il est caractérisé d'abord par de brillantes études dans le meilleur des Lycées parisiens, une réussite dans un très bon rang (10 ème) au concours d'entrée aux Ecoles Nationales vétérinaires, en 1947, à l'âge de 20 ans, puis un rang de sortie encore meilleur de 4 ème en 1951 à l'Ecole d'Alfort.

Il est alors remarqué par le Professeur Brion, et après sa thèse soutenue en 1952, celui-ci, qui vient de prendre la Chaire de Pathologie médicale et de Jurisprudence vétérinaire à l'Ecole de Lyon, lui propose de venir le rejoindre et d'occuper le poste d'Assistant . Ce qu'il accepte. Cependant, le séjour de Brion à Lyon sera de courte durée ; Il repart à Alfort en 1954. Le Professeur Florio, venant de Toulouse le remplace et garde Cottereau comme Chef de travaux. Les transferts d'enseignants d'une école à l'autre, vu le nombre de postes réduit à un ou deux par Chaire dans chaque école étaient fréquents à cette époque... Et c'est ainsi que la carrière de Philippe Cottereau s'est définitivement enraciner en terre lyonnaise. Agrégé en 1958, il accède, après le dédoublement de la Chaire de médecine au poste de Maître de Conférences de la nouvelle chaire créée en 1959 de Pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour dont il devient Professeur Titulaire en 1963.

Le Professeur Cottereau exercera sa mission d'enseignant en restant toujours très fidele aux méthodes pédagogiques traditionnelles que lui avait inculquées son maître Brion fondées principalement sur le cours magistral en amphithéâtre. Une anecdote significative me revient en mémoire : à des étudiants qui réclamaient plus d' " audio-visuel " dans les cours , il leur répliqua " de quoi vous plaignez-vous : l'audio-visuel, c'est moi, vous me voyez, vous m'entendez... ". Mais, titulaire de cette nouvelle chaire consacrée notamment à la pathologie bovine il n'eut de cesse de développer cette discipline. Face à un monde de l'élevage en pleine mutation il était convaincu de l'importance de la place que devait prendre dans cette évolution le vétérinaire rural. Il sut à cet effet transmettre à ses étudiants un réel intérêt pour " la bovine " , lui-même avouant avoir un véritable amour pour les vaches... Et c'est peut-être les nombreuses études cliniques qu'il publia (plus de 140) qui traduisent le mieux, scientifiquement parlant, cet amour et le souci qu'il avait de faire progresser les connaissances dans ce domaine.

C'est à cette époque que je rencontrai Philippe Cottereau et nos parcours allaient alors fréquemment se croiser, s'enchaîner ou suivre des voies parallèles. Libéré de mes obligations militaires (28 mois de service et près de 2 ans d'Algérie) je sollicitai en 1961 un poste d'Assistant dans le service de Médecine auprès du Professeur Florio, lui rappelant qu'il me l'avait proposé deux ans auparavant lors de la soutenance de ma thèse. Il ne l'avait pas oublié, et c'est ainsi que, Philippe Cottereau ayant libéré le poste, je lui succédai comme Assistant, puis, après concours, Chef de travaux de Pathologie médicale des carnivores et des équidés, et de Jurisprudence vétérinaires en 1962. Et je dois dire que si je réussis le concours, c'est beaucoup grâce à lui. Il sut m'accueillir avec bienveillance et amitié au service de Médecine dont Florio était souvent absent assumant les fonctions de Directeur ; il fut indulgent face aux immenses lacunes qu'avait creusé dans mes modestes connaissances acquises lors de ma scolarité, quatre ans auparavant, ce long intermède algérien ; il sut m'encourager et surtout me préparer efficacement ; je lui en ai été toujours très reconnaissant.

La mission d'enseignement du Professeur Cottereau va prendre une nouvelle dimension lorsqu'en 1978, alors que le déménagement de l'Ecole de son site mémorable des quais de Saône dans ses nouveaux locaux sur le vaste domaine de Marcy-l'Etoile est à peine achevé sous la responsabilité de son Directeur Joseph Froget, celui-ci mettant fin à son mandat pour raison de santé, c'est à lui que revint l'honneur de diriger l'Ecole, d'en finaliser l'installation à Marcy et de résoudre surtout les mille et une difficultés résultant des perturbations des habitudes acquises à l'ancienne école.

Ce n'est pas la seule difficulté qu'eut à assumer comme Directeur Philippe Cottereau. J'étais alors délégué des Maîtres de Conférences au Conseil d'administration. J'ai suivi en cette fin des années 70, le blocage du fonctionnement de l'Ecole résultant de l'attitude résolument et radicalement punitive aux examens de deux enseignants, en Anatomie et en Parasitologie, conduisant à des taux d'échec provoquant la fureur et la révolte de promotions entières. Il fallut rien moins que l'intervention du Secrétaire d'Etat à l'Agriculture, un de nos confrères Christian Fouchier, pour que le conflit s'apaise un peu. Il y eut aussi le vent de contestation de mai 68 dont le souffle se ressentit jusqu' au sein des Ecoles et l'esprit de réforme auquel dut faire face le Directeur. Le souvenir en est resté gravé au fronton d'un des amphithéâtres avec cette réplique catégorique qu'eut un jour d'Assemblée générale (elles étaient nombreuses à cette époque) le Directeur Cottereau : " Jamais " répondit-il aux étudiants qui demandaient quand pourraient être prises en compte leurs propositions. Ce " Jamais " résonne comme une réplique historique et reste encore fixé au mur de cet amphithéâtre témoin des controverses de l'époque.

Mais en 1981 c'est une autre difficulté à laquelle le Directeur Cottereau va être confronté. Avec l'élection de François Mitterand et le changement de majorité gouvernementale. Philippe Cottereau, " trop conservateur ", est considéré comme l'homme à abattre par la Direction Générale de l'Enseignement et de la Recherche à l'Administration centrale du Ministère de l'Agriculture. Un an plus tard son budget lui est donc refusé, ce qui va l'affecter moralement très profondément et peut-être aussi l'atteindre physiquement. Moins d'un an après, il est victime d'un accident cérébral qui le contraint à démissionner de ses fonctions de Directeur et dont les séquelles l'obligent à réduire nombre de ses activités. Le Professeur Cottereau ne se plaindra jamais de son handicap et mettra un point d'honneur à continuer sa mission d'enseignant. Il y a à peine quelques années, en chaise roulante, il tenait encore des conférences auprès d'associations de vétérinaires.

Cependant le portrait que l'on peut dresser du Professeur et Directeur Cottereau serait très incomplet si l'on omettait de rappeler son engagement au sein même des activités et responsabilités professionnelles vétérinaires. Suivant l'exemple de son maître Brion il s'est passionné très tôt pour le Droit et la Jurisprudence vétérinaire. Dès 1965 il est nommé Expert près la Cour d'Appel de Lyon et 10 ans après il est agréé par la Cour de Cassation. Il interviendra régulièrement comme expert dans différentes affaires de responsabilité impliquant notamment des laboratoires fabricants de médicaments vétérinaires. Fort de son expérience, renouvelant le classique " Traité de Jurisprudence vétérinaire " de son maître Brion, Philippe Cottereau publiera en 2003, sous le titre " Vétérinaire, animal et Droit " un volumineux ouvrage en trois volumes actualisant le Droit et la Jurisprudence vétérinaires et faisant aujourd'hui toujours référence.

On notera qu'il fut également chargé par le Ministère des Armées (Délégation ministérielle pour l'armement) d'étudier les effets du bang des avions supersoniques (" Concorde " et " Mirages ") sur la vie et les production animales ; on mit à sa disposition à cet effet un camion simulateur de bang qui suscita beaucoup d'intérêt et sans doute quelques plaisanteries au sein de l'école. Cette contribution lui valut néanmoins la reconnaissance des autorités militaires. Et il aimait rappeler aussi les conditions difficiles dans lesquelles il avait effectuer une mission scientifique en terre Adélie pour y étudier le développement anarchique de je ne sais plus quelle espèce animale. D'ailleurs aucune espèce animale n'échappait à sa compétence, celle-ci lui étant reconnue même pour les animaux exotiques, le Maire de Lyon lui ayant confié la Direction du Parc zoologique de la Tête d'Or durant de nombreuses années.

Enfin et ce n'est pas le moindre de ses mérites, Philippe Cottereau, là encore comme le fit Brion, s'engagea au sein même de notre Ordre professionnel. Alors qu'il est Président du Conseil régional à Lyon, il sollicite les suffrages de ses confrères au 4ème trimestre 1972 et est élu membre du Conseil supérieur. Il en deviendra Vice Président en 1975, fonction qu'il exercera jusqu'au 3 ème trimestre 1986, date à laquelle il quittera le CSO où je lui succèderai pérennisant ainsi, bien que n'ayant pas l'obligation d'être inscrit à l'Ordre, la solidarité pleine et entière des Enseignants cliniciens avec l'ensemble des praticiens.

Les archives du Conseil supérieur gardent la trace dans la Revue de l'Ordre de quelques unes de ses interventions faisant écho aux préoccupations du moment. Ainsi en 1974, s'interroge-t-il sur les motivations des étudiants candidats au concours, estimant que pour beaucoup d'entre eux celle-ci n'est que le fait " d'aimer les animaux ". Aussi dit-il " il ne faut pas confondre biologie et zoolâtrie ". Il s'inquiète déjà de l'augmentation du nombre de jeunes filles reçues au concours craignant comme conséquence une diminution de vétérinaires exerçant en rurale, mais juge néanmoins que ses propos paraitront à certains bien rétrogrades à une époque où " l'unisexe " est de règle... Il évoque déjà le problème des étudiants allant faire leurs études vétérinaires en Belgique alors même que la Directive communautaire sur la libre circulation était semblait-il reportée sine die. Ce qui l'amène à rappeler les dispositions réglementaires très restrictives pouvant autoriser l'exercice en France de vétérinaires d'origine étrangère. Il fustige les contournements souvent constatés de ces dispositions réglementaires de la part de confrères , d'industriels, voire même de l'Administration... Dans d'autres articles, en 1975, il aborde la question de l'enseignement vétérinaire. Favorable au malthusianisme, ce qui lui vaudra une avalanche de critiques, il développe sa conception de l'évolution de notre enseignement qu'il juge nécessaire dans le sens d'une " modernisation ", notamment en ce qui concerne les moyens, mais à l'opposé d'une réforme. Voici ce qu'il écrit à ce sujet : " Après l'orage de 1968 qui emporta l'Université française, en y organisant souvent le désordre et l'anarchie... tout le monde veut réformer l'enseignement vétérinaire, les vétérinaires praticiens et salariés, les enseignants, les pouvoirs publics... personne ne s'est sérieusement posé la question : est-il besoin de réformer cet enseignement ? J'ose affirmer que non... " . Il ajoute : " La modernisation de l'enseignement vétérinaire passe par une analyse gaullienne du problème, Il est indispensable que les étudiants étudient, que les enseignants enseignent, que les directeurs dirigent "... On trouvera également sous sa signature différents articles, en 1976 à propos de l'utilisation des oestrogènes où il souligne l'incongruité du terme de " traitement thérapeutique " utilisé dans le décret d'autorisation ; en 1979 où il débat du pouvoir disciplinaire de l'Ordre. Et l'on ne s'étonnera pas en 1983 de lire son rapport sur les " vétérinaires mutualistes ", où il part en guerre contre " cette nouvelle forme d'exercice professionnel dont certains jeunes diplômés estiment qu'elle va dans le sens d'une filière de progrès "...

Tel était Philippe Cottereau, une des personnalités de notre enseignement vétérinaire et de notre profession parmi les plus marquantes de son époque, certes une autre époque, mais dont il est bon de se souvenir et d'en honorer les acteurs qui s'y sont illustré et qui fondent notre devenir. C'est du reste à cette œuvre de mémoire que s'était livré au soir de sa vie Philippe Cottereau, avec le concours précieux de Madame Janine Weber-Godde en rédigeant cet ouvrage magnifique intitulé " Claude Bourgelat " qui constitue de cet écuyer fondateur des Ecoles Vétérinaires au 18 ème siècle la plus complète des biographies.

Professeur Michel Lapras, président du Conseil supérieur de l'Ordre des vétérinaires (1991-1998)

Le Professeur Cottereau était titulaire de nombreuses décorations :

  • Chevalier de la Légion d'Honneur
  • Chevalier du Mérite National à titre militaire 
  • Chevalier du Mérite Militaire
  • Commandeur du Mérite Agricole
  • Officier des Palmes Académiques
  • Commandeur du Mérite Ivoirien.