Hommage : Docteur-vétérinaire Jean-Pierre Marty 1923-2017

Jean-Pierre Marty est né le 16 juin 1923 à Verneuil-sur-Avre (Eure), dans une famille de huit enfants. Son père enseignait le latin et l'anglais à l'Ecole des Roches, collège réputé dont il devint le directeur en fin de carrière. Catholique militant, anglophile passionné, cet homme sévère, d'une grande rigidité morale, fut un disciple de Baden Powell, le créateur du scoutisme, qu'il contribua activement à introduire et développer en France. De l'éducation rigoriste qu'il en reçut, Jean-Pierre Marty conservera toute sa vie une raideur certaine, mais aussi une réserve et une pudeur extrêmes, qui lui interdiront toujours d'extérioriser ses sentiments.

Après avoir passé en 1940 et 1941 ses deux bachots, comme on disait alors, Jean-Pierre Marty gagna Paris pour s'inscrire en Propédeutique à la Sorbonne. Après avoir décroché son Certificat d'Etudes Physiques, Chimiques et Biologiques, il intégra l'Ecole vétérinaire d'Alfort en septembre 1943. Diplômé en 1947, il poursuivit en suivant le cours de " l'Exo ", l'Institut de Médecine Vétérinaire exotique qui donna naissance en 1948 à l'Institut d'Elevage et de Médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux (IEMVT).

Sitôt diplômé, il intègre l'Administration coloniale et rejoint, accompagné de sa jeune épouse, sa première affectation en Afrique : il a été nommé à Kankan, en qualité de Chef de la Circonscription d'élevage de Haute-Guinée. Ils y resteront presque cinq ans, jusqu'en 1953. De ce premier séjour, marqué par un drame familial, il n'aimait pas parler.

Nommé Chef du Service de l'Elevage du Dahomey, il s'installe à Cotonou, où il laissera un souvenir très fort, bien qu'il n'y soit resté qu'à peine plus d'un an.

De 1954 à 1956, les Marty vivent à Paris, où naît leur fils Vincent. Jean-Pierre a été nommé adjoint à l'Inspecteur général - Chef du service de l'Elevage du ministère de la France d'Outre-Mer. Il est particulièrement chargé de l'instruction des dossiers d'investissements dans les territoires d'Outre-Mer. Dans ce cadre, il est chargé d'une importante mission en Australie : achat de reproducteurs et étude des méthodes du ranching, technique d'élevage dont il deviendra bientôt l'un des meilleurs spécialistes, et à laquelle il consacrera un ouvrage en 1968.

Fort de cette compétence, il est nommé en 1957 Chef du Service de l'Elevage en Nouvelle-Calédonie, poste dans lequel il restera jusqu'en 1960. Les Marty se plairont beaucoup à Nouméa, où ils s'intègrent facilement à la vie sociale locale et où la famille s'élargit d'un second garçon, Xavier. Jean-Pierre, pour sa part, modernise le Service et développe le ranching en région Nord, tout en réalisant plusieurs missions dans les Nouvelles-Hébrides (où il met en place un Centre de production de reproducteurs des races limousine et charolaise), puis en Polynésie française (où il réalise une étude approfondie de l'élevage, à partir de laquelle il émet une série de propositions de développement dont beaucoup seront adoptées par le ministère). Ce séjour restera pour lui l'un des points forts et l'un des meilleurs souvenirs de sa carrière. Il conservera durant toute sa carrière un lien fort avec la Nouvelle-Calédonie, sa dernière affectation Outre-Mer, et des relations personnelles très étroites avec son successeur, Noël Chabeuf, qui prolongera son action.

En 1960, de retour à Paris, où son épouse donne naissance à leur fille Sabine, Jean-Pierre Marty rejoint brièvement le ministère de la France d'Outre-Mer, avant d'intégrer les rangs de la SCET-International (Société Centrale pour l'Equipement du Territoire-International, filiale de la Caisse des Dépôts), où il est successivement Chef du département des Productions Animales (1961-1970), Chef du département des liaisons et coordinations du Bureau Central d'Etudes (1970-1973), puis Conseiller de la Direction générale (1974).

S'ouvre alors pour lui une vie nouvelle, une vie d'expert, de consultant, de missionnaire, qui le conduit, quatre à cinq fois par an - et jusqu'à huit fois en 1964 ! - à quitter sa famille pour courir le monde pour des périodes généralement comprises entre deux semaines à deux mois. Il s'agit essentiellement de concevoir, mettre en place, suivre ou évaluer de grands projets de production de viande bovine ou ovine, dans de très nombreux pays : Afrique du Nord (les quatre pays du Maghreb) ; Afrique sous le Sahara (tous les pays du Sahel francophone, Soudan, Sierra Leone, Guinée, Côte-d'Ivoire, Bénin, Nigéria, Congo-Brazzaville, Zaïre, Rwanda, Madagascar, Maurice ; Moyen-Orient (Iran, Arabie Saoudite) ; Amérique du sud (Brésil, Colombie, Venezuela) ; Pacifique (Australie, Nouvelle-Calédonie, Vanuatu, Hawaï) ; URSS...

Jean-Pierre Marty développe, au fil de ces missions, une expertise de plus en plus pointue et une expérience internationalement reconnue. Ses très nombreux rapports font autorité. La FAO, la Banque Mondiale et de nombreux gouvernements étrangers font appel à lui. Si difficile que soit cette vie, il apprécie son statut d'expert pour la capacité qu'il lui offre de débloquer des situations, de changer le monde. Il se passionne pour ces missions qui lui donnent l'occasion de découvrir sans cesse de nouveaux horizons, de nouvelles problématiques. De suivre, aussi, avec un regard critique et parfois attristé, l'évolution des jeunes Etats africains que la France a mis en place au terme d'un processus de décolonisation aussi peu préparé qu'expéditivement mené.

En 1974, son passage à la direction générale de la SCET-International amorce un nouveau changement : sa carrière entre dans une nouvelle phase. Il est nommé la même année Inspecteur général de la Coopération Technique Internationale au ministère de l'Agriculture, et Président du Conseil d'Administration de l'IEMVT. Il appartient désormais au cercle fermé de ceux qui constituent de facto la gouvernance de la confrérie des vétérinaire tropicalistes. Ses nouvelles fonctions lui donnent encore l'occasion d'effectuer de nombreuses missions, mais avec une casquette différente, et à un rythme plus apaisé.

Sa notoriété et sa disponibilité le conduisent à partager son savoir à travers les enseignements qu'il dispense régulièrement à l'IEMVT et ponctuellement dans d'autres cadres, comme au Cnearc, à Montpellier.

En 1975, il est porté par ses pairs à la présidence de la Société Vétérinaire Pratique de France, la plus ancienne organisation professionnelle vétérinaire.

Sa générosité le conduit à accepter, en 1977, la fonction de Secrétaire général de l'Association Centrale d'Entraide des Vétérinaires, qu'il occupera jusqu'à en prendre la présidence en 1999.

Bien après son départ en retraite, intervenu en 1983, ces importantes fonctions continueront à l'occuper de manière intensive, entrant en concurrence avec ses occupations privées, et notamment avec l'entretien de la maison et du jardin de la maison de Roquemaure, que son épouse Françoise a héritée de ses parents, et pour laquelle il s'est pris d'une véritable passion.

Elégant et secret, il continuera jusqu'au soir de sa vie à lire quotidiennement Le Monde, à enrichir sa culture aussi large qu'éclectique et à sacrifier à son amour de la musique classique.

Il aura incarné à la perfection la figure des grands experts qui ont brillamment illustré la compétence française à l'international et profondément marqué la période des Trente Glorieuses.

Jean-Pierre Marty était Chevalier de la Légion d'Honneur et Officier du Mérite agricole.

Un grand ancien s'en est allé. Nous nous inclinons respectueusement devant son souvenir, en assurant ses proches de notre admiration et de toute notre sympathie

Etienne LANDAIS, Docteur-vétérinaire

Publié le 26-01-2016