Hommage : Professeur Yves Lignereux 1952-2018

Je ne sais rien de son art vétérinaire.
Je sais qu'il était un maître en archéozoologie, et que sa science était sollicitée ainsi que sa personne dans le désert ou dans des contrées arctiques.
Je sais qu'il me montrait les squelettes de ses fouilles pour m'expliquer avec patience telle ou telle spécificité de telle ou telle espèce.
Je sais qu'il sollicitait ses confrères des Muséum pour identifier un oiseau égaré sous une tente d'un pays lointain, ou un papillon se chauffant au soleil d'un mur de la région toulousaine.
Je sais qu'il aimait et respectait tout le vivant, et que les exactions commises à son égard le mettaient en rage, comme l'assassinat de l'ourse Cannelle, qu'il avait autopsiée. " Elle était si petite ! " répétait-il.
Je sais qu'il avait toujours un livre avec lui pour toujours apprendre et ne pas perdre de temps. Cinq jours avant sa mort, il lisait avec attention Lucrèce.
Je sais qu'il aimait les siens et leur était tout dévoué.
Je sais qu'il était toujours disponible pour ses amis, qu'il savait combler d'attentions, de livres et de CD ou de partitions.
Je sais qu'il m'avait offert l'été dernier un énorme livre de science géologique, en anglais.
Je sais qu'il savait que le temps nous était compté. Je savais que face à la mort il serait courageux et je sais qu'il est mort discrètement, en stoïcien.
Je sais que s'il a été conscient ses derniers instants, ses pensées ont été pour les siens, et pour le cosmos où il allait se dissoudre, sans en rien savoir.
Voilà ce que je sais de lui, de sa joie de vivre et de la partager, du plus simple repas au livre le plus savant.

Une amie médecin

Publié le 17-02-2020