Relation client Fiche véto

Maltraitance animale en rurale : des questionnements éthiques essentiels

Les situations de maltraitance d’animaux de ferme sont révélatrices d’une souffrance de l'éleveur.

Publié le


Les vétérinaires sont parfois confrontés à des situations de maltraitance d’animaux de ferme, situations révélatrices d’une souffrance des éleveurs.

Depuis le 16 février 2015, l’article 515-14 du Code civil mentionne : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité  ». Depuis, la société a évolué, les études concernant le bien-être animal (BEA) se sont multipliées et les condamnations pour maltraitance sont de plus en plus fréquentes. 

Cette évolution est tangible pour les carnivores domestiques et les équidés, mais reste plus lente pour les animaux de ferme, probablement en raison d'un affect différent et de leur image d'animal de production. D’ailleurs, les animaux de ferme sont le plus fréquemment saisis en cas d'urgence vitale, c’est à dire quand la situation est malheureusement avancée et critique. Plusieurs réalités peuvent expliquer cette situation : 

  • le devenir des animaux retirés : si le placement des petits ruminants est relativement aisé (en associations, fermes pédagogiques ou chez des particuliers), la question est plus délicate pour les bovins, en raison notamment de leur taille ;
  • la situation des éleveurs : comment maintenir une activité, honorer des prêts, traverser des crises sanitaires à répétition ? 

Le monde agricole est soumis à des pressions considérables, et le contexte socio-psychologique de chaque exploitation mérite d'être pris en compte, même – et surtout – dans les situations les plus difficiles. 

Dans le monde vétérinaire également, le rapport à la souffrance des animaux de ferme, et des bovins en particulier, a longtemps été en décalage avec ce qui a prévalu pour les animaux de compagnie.

Vers une évolution collective des pratiques 

Certaines pratiques, notamment en obstétrique, se sont transmises sans intégration systématique de l'analgésie ou des principes du bien-être animal. Ce constat ne vise pas à accabler, mais à nommer une réalité héritée d'une époque où il était communément admis que les bovins exprimaient peu la douleur, voire ne la ressentaient pas. La science a depuis largement nuancé ce postulat : si un bovin extériorise différemment la douleur, il n'en est pas moins concerné. C'est précisément cette évolution des connaissances qui invite à repenser collectivement les pratiques. 

La loi ne distingue pas les animaux selon leur usage. Elle reconnaît leur sensibilité à tous. Fort de cette réalité scientifique et juridique, chaque acteur de la filière (éleveur, vétérinaire, technicien) peut s'appuyer sur des savoirs renouvelés pour faire évoluer les gestes du quotidien. Les vétérinaires ruraux occupent à cet égard une position privilégiée : présents au cœur des exploitations, ils sont des vecteurs naturels de transmission, capables d'accompagner ce changement avec pragmatisme et bienveillance.


Infographie "Signaler une maltraitance en rurale"
Signaler une maltraitance animale en rurale